Mariette Grange - Quelques questions sur la migration: ce que les hommes politiques ne vous disent jamais (also in ES and EN)
Mariette Grange plaide pour la défense des droits de l'homme au niveau international. Elle est spécialisée dans les campagnes de défense et la recherche sur les droits de l'homme des migrants. Actuellement, elle est la Directrice du Bureau à Genève de Human Rights Watch.
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La migration est un phénomène humain vieux comme le monde. Les mouvements de population à travers de très longues distances ont toujours caractérisé l’espèce humaine. Dans la plupart des sociétés, et de tout temps, la sanction la plus souvent répandue pour ceux qui commettent crimes et délits est la privation de liberté. Or, en Europe et ailleurs, un nombre croissant de personnes se retrouve en détention, simplement pour avoir franchi des frontières, ou tenté de le faire, sans être en possession de papiers et de visas.
Comment en est-on arrivé la ? Qui se souvient que, jusqu'à la Deuxième Guerre Mondiale, l’Europe était une terre d’émigration ? De 1820 à 1930, au moins 65 millions d’Européens ont quitté le Vieux Continent. C’est un chiffre énorme, dès lors que la population mondiale dépassait à peine les deux milliard en 1930. Pourquoi tant d’Européens ont-ils quitté nos rivages ?
Leurs motivations n’étaient guères différentes de celles des femmes, des hommes et parfois même des enfants, qui arrivent sur nos côtes aujourd’hui. Pauvreté, manque d’accès à la terre, famines, violence, conflits religieux ou ethniques, ou envie d’un avenir meilleur pour les générations suivantes ont été à l’origine des ces mouvements hors d’Europe. Ces émigrants avaient-ils des visas ? Comment les populations et les gouvernants des pays récepteurs ont-ils fait face à ces arrivées souvent massives sur leurs territoires ? Les nouveaux venus se sont-ils adaptés à la culture et aux religions qu’ils ont trouvées en Asie, dans les Amériques et en Afrique ? L’histoire nous apprend que non. Les générations qui nous ont précédés ont souvent émigré au détriment des coutumes et de la liberté, parfois même de la vie, des populations locales.
Aujourd’hui, l’Europe regroupe 11,3% de la population mondiale et l’Amérique du Nord 5,1%. Un sixième des humains disposent de 80% des ressources mondiales, alors que deux sixièmes disposent de 3% des ressources. Pourtant, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les politiciens, la proportion de migrants dans le monde est restée remarquablement stable ces 60 dernières années La vaste majorité des êtres humains désirent vivre dans leurs pays d’origine. Environ seulement 3% des être humains émigrent à l’étranger. Ce qui a changé, c’est la direction de ces flux ainsi que notre attitude face à la migration. En construisant des murs en Afrique du Nord, en exigeant des visas pour les ressortissants de près de 150 pays, l’Union Européenne crée une mentalité de siège au sein de sa population. Les dérives populistes observées dans de nombreux pays européens ne sont pas sans rappeler d’autres dérives.
Oubliant que la migration est un phénomène naturel, les hommes politiques parlent de « gérer » la migration. La construction européenne s’est fondée sur l’égalité et le respect des droits humains. Pourra-t-elle longtemps prétendre que ces droits sont suspendus si les immigrés arrivent sans autorisation ou sans papiers ? Peut-on le maintenir en détention, souvent avec des détenus de droit commun, parfois dans des conditions indignes, sans possibilité de recours, pour des périodes indéterminées ? Les enfants des sans-papiers peuvent-ils avoir accès au droit à l’éducation, garanti par la Convention sur les droits de l’enfant, ratifiée par 192 états? Autant de questions auxquelles nous devons réfléchir.
Après la deuxième guerre mondiale, notre continent dévasté s’est reconstruit, avec l’aide de nos alliés. Va-t-on laisser à nos portes ceux qui ne font qu’imiter les générations qui nous ont précédées ? Et veut-on créer une caste de sans-droits ?








