Miguel Pickard - A l’occasion de la Journée Internationale des Migrants: un appel pour en finir avec le politiques du "mal-être"

photoMiguel Pickard est un écnomiste et un chercheur méxicain. Il a co-fondé le CIEPAC à San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas, Mexique. Le CIEPAC se définit comme une organisation civile qui accompagne les mouvements sociaux au Chiapas, au Mexique et en Méso-Amérique, ainsi que les luttes globales cherchant à construire un monde plus démocratique, assurant justice et dignité pour tous.

 

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D’après des calculs officiels, chaque jour plus de 1600 personnes quittent le Mexique, dont la majorité n’ont aucun document légal pour entrer dans leur pays de destination principal: Les Etats-Unis. Le nombre de personnes qui quittent le pays est tellement élevé que les Nations Unies ont reconnu que le Mexique est le pays qui exporte le plus grand nombre de personnes dans le monde. Même plus que l’Inde ou la Chine, qui ont pourtant des populations qui dépassent largement les 105 millions du Mexique. Certains diraient que cette reconnaissance de l’ONU constitue un triste « prix de la honte » du fait que les politiques économiques menées depuis 25 ans ont montré, maintes et maintes fois, un échec absolu – si on parle en termes de leur capacité à générer un bien-être pour la population. Les politiques actuelles sont, sans aucun doute, des “politiques du mal-être”.

Les chiffres sont étonnants. Les données du gouvernement mexicain montrent que pendant le mandat récemment terminé de Vicente Fox (2000-2006), 3,2 millions de mexicains ont quitté leur pays, c’est-à-dire en moyenne un demi million par an. Pour l’année 2006, le chiffre enregistré a dépassé largement cette moyenne, vu que le gouvernement a calculé qu’au dernier jour de ce mois il y aura 600,000 personnes qui seront parties pour chercher d’autres moyens de subsistance. Le discours officiel fait des éloges à ces gens en se referant à eux comme « des héros et des héroïnes » qui ont migré pour « améliorer leurs opportunités".

Mais la triste réalité c’est que la plupart de ces presque 600,000 mexicains qui seront sortis du pays à la fin de l’année n’ont pas quitté le pays par plaisir, comme si c’était un choix de vie comme un autre, mais pour la nécessité la plus basique de tout être humaine : la survie.

La vérité c’est que les politiques économiques orchestrées depuis 25 ans se sont révélées comme un grand échec par rapport à leur mission principale, c'est-à-dire la création des conditions qui contribuent à l’amélioration du niveau de vie de la majorité de la population. Ces politiques, connues comme des politiques néolibérales, ont fait justement le contraire. Tout au long du dernier quart de siècle, ces politiques ont ruiné les sources d’emploi, ont augmenté les niveaux de pauvreté, ont détruit les modes de vie des paysans et ont fait grandir les différences dans la distribution des revenus dans le pays. Comme dans beaucoup d’autres pays où on a mis en œuvre des mesures similaires, une poignée de personnes très riches deviennent encore beaucoup plus riches, alors que la pauvreté de millions de gens s’est accrue en même temps qu’étendue.

Les mesures néolibérales ont aussi produit des changements dans la capacité du pays à générer des richesses. Dans la campagne, le Mexique a perdu sa capacité d’auto-approvisionnement en nourriture, et dans la ville, le pays continue à se désindustrialiser. L'image traditionnelle de la migration mexicaine continue à être vraie : une famille rurale, qui ne peut pas survivre avec ce qu’elle produit, notamment dû au fait qu’elle doit faire face à la concurrence rude et illégale des grandes multinationales de l'agroalimentaire, envoie un ou plusieurs de ses membres à la ville pour chercher des revenus supplémentaires. Très peu d’entre eux réussiront à trouver un travail dans la ville, et la grande majorité continuera sa migration vers les Etats Unis. Actuellement, et chaque jour un peu plus, les gens de la ville aussi se joignent aux migrants ruraux dans leur voyage vers des destinations étrangères.

Depuis 1994, le TLCAN (Traité de Libre Commerce de l’Amérique du Nord) a été la pièce centrale de la politique néolibérale. Et depuis, la migration mexicaine aux Etats-Unis a augmenté de 300%, ce qui constitue la preuve irréfutable de l’échec de ces politiques économiques qui se voulaient des politiques au service de la croissance du bien-être général. Avant le début du TLCAN on avait déjà prévu ses effets terriblement négatifs sur la population mexicaine. En 1994, en anticipation de ce qui allait se passer, les Etats-Unis commencèrent à mettre en œuvre plusieurs opérations destinées à décourager la traversée des migrants aux endroits les plus fréquentés de la frontière. Ces opérations n’ont pas réussi à arrêter la migration ; en fait celle-ci a augmenté énormément. Au contraire, ces opérations ont obligé les migrants à chercher de nouveaux chemins, moins contrôlés mais plus dangereux, avec des résultats déplorables : plus de quatre mille femmes et hommes sont décédés dans le désert et dans les montagnes ; leur seul délit était d’avoir tenté d’assurer la survie de leurs familles.

Aujourd’hui, les États-Unis prétendent arrêter le flux migratoire en construisant un mur. Les effets, faciles à prévoir, vont être les mêmes que les effets de ces opérations précédentes. Quand pourra-t-on s’intéresser correctement aux causes structurales de la migration ? Quand les gouvernements vont-ils reconnaître que la solution réelle à la migration se trouve dans la création d’emplois dans son propre pays, avec des salaires qui permettent une vie digne ?

A l’occasion de cette Journée Internationale des Migrants, nous faisons appel aux mexicains, centre-américains et à toutes les nationalités concernées pour qu’ils dénoncent l’échec du TLCAN et des politiques néolibérales. Cela suffit 25 ans de politiques vouées à l’échec. Tout être humain a le droit de migrer pour améliorer sa situation. Mais c’est aussi le moment de proclamer le droit de NE PAS devoir migrer et de vivre une vie digne dans nos pays d’origine.

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